Jean-Pierre Aubé Pierre Bourgault Herménégilde Chiasson
Cozic Michel de Broin Michelle Héon
Marie-Chrystine Landry Francine Larivée John McEwen
  Michel Saulnier  

Jean-Pierre Aubé, Utopie à vendre, 60 unités d'habitation de grandeur conforme d'après la "Cité radieuse" de Le Corbusier, 2001. Image numérique, impression jet d'encre sur papier.

L'œuvre se compose d'une image de grand format présentant un complexe résidentiel construit sur le terrain vague adjacent au marché Atwater. Ce complexe est modélisé avec un logiciel 3D, celui-là même que les architectes utilisent. Le modèle est ensuite incorporé à une image du terrain... La principale inspiration est la Cité radieuse créée par Le Corbusier en 1949, à Marseille. Ici, le projet architectural trouve son expression maximale via la création d'unités d'habitation de grandeurs conformes. Conçu à l'image du paquebot qui fonctionne de manière autonome, le complexe s'apparente à une ville verticale. Utopiste Le Corbusier? Les trois cents logements de la Cité s'opposaient à l'individualisme du pavillon ou du bungalow en proposant les avantages de la communauté : le projet architectural rejoint le projet social. Inscrite dans de vastes espaces de verdure, la Cité avait l'ambition de réconcilier l'homme et la nature.

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Pierre Bourgault, NNNEEESSSSSOOONN, 2001. Bois, carte marine, maquettes HO.

Les continents, les pays, les villes sont des îles à la dérive sur la surface d'eau de mer qui recouvre la planète. Montréal est une île. Une expérience en art, comme une fuite effrénée au-delà d'un espace statique.

Sur la mer, le vertical anthropomorphe s'écroule fatalement à l'horizontale; on ne peut physiquement rien dresser sur l'eau. Si, toutefois, un élément vertical apparaît en surface, c'est qu'il est grandement rééquilibré par une vaste surface horizontale. C'est un milieu où on ne dresse pas, où rien ne s'érige en tentant de s'échapper vers le haut, comme si l'éthique conditionnait l'esthétique. Fort différent de celui par lequel les autres groupes humains s'organisent habituellement, le pacte social de courtoisie en mer équivaut en fait à ce que j'appelle un " contrat naturel ". Pourquoi? Parce que, ici, le collectif, s'il se déchire, immédiatement il se livre, sans recul ni recours possible, à la destruction de sa niche fragile. Pour avoir fréquenté en marin tous les lieux du golfe, je connais la propension fructueuse des habitants qui font face à la mer à imaginer et à poser leurs visions à l'horizontale, sur l'eau.

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Herménégilde Chiasson, Démocratie, 2001. Bâche, chaises, objets divers. Dimensions au sol : 1,8 x 3,6 m.

C'est dans un cours d'histoire, à l'école primaire, que je suis entré en contact avec le mot "Lachine", dans sa consonance et son épellation curieuse. L'institutrice nous avait dit qu'à l'époque on cherchait un passage vers la Chine et qu'on était si certain d'y avoir accédé qu'on désigna d'office ce territoire comme étant tel, même s'il ne ressemblait en rien à l'Orient.

J'ai voulu dans cette œuvre faire référence à cette notion en me servant du canal de Lachine pour établir un lien utopique entre la côte de l'Asie et celle du Canada. Le titre Démocratie renvoie à la conception que nous en avons, mais aussi il établit des liens étroits avec la liberté dont on dit qu'elle est menacée en Chine. Sur chacune des chaises, disposées dans un arrangement anarchiste, on retrouve un papier et un objet faisant référence, de près ou de loin, aux quatre éléments de la cosmogonie aristotélicienne. Deux des objets sont associés à la Chine et deux au Canada dans une continuité entre nature et culture. L'éventail pour l'air et l'encre pour l'eau, mais aussi pour l'écriture, l'imprimerie et le papier qui ont vu le jour en Chine. Les deux autres objets sont associés avec le Canada, soit le pain pour le feu et l'épinette avec le papier.

C'est aussi une œuvre sur l'échange, le canal de Lachine symbolisant cette notion du passage des objets d'un espace à l'autre, d'un continent à l'autre, d'une culture à l'autre.

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Cozic, Ptérodactylus Lachinæ, 2001. Dessin préparatoire pour sérigraphie rehaussée par l'artiste. 43,18 x 35,56 cm. Papier Canson Classic Cream. Numérotée de 1 à 40. Impression : Claude Fortaich, Ateliers Graff, Montréal.

Au temps suspend ton vol. Presse canadienne. Montréal : Lors de travaux exécutés par Parcs Canada pour rendre navigable le canal de Lachine, des excavatrices ont mis à jour des ossements. Selon l'artiste-archéologue Cozic, travaillant pour la Société Protectrice du Noble Végétal, la morphologie des os et leur disposition permettent de penser que nous sommes en présence d'un membre antérieur d'un ptérosaure géant. Nommé Ptérodactylus Lachinæ, ce reptile volant est un spécimen comparable à celui découvert en 1971 au Texas, mais plus complet. Il est question d'une installation permanente facilitant l'accès au site pour le grand public. (À suivre...)

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Michel de Broin, Composition pour l'installation de 1 000 tubes fluorescents flottant dans l'eau du canal de Lachine, 2001. Interventions sur photographies.

Michel de Broin, Composition pour un conteneur aménagé comme une piscine avec une échelle permettant d'y accéder, 2001. Interventions sur photographies.

Michel de Broin, Composition pour un conteneur et une embarcation motorisée, 2001. Interventions sur photographies.

Michel de Broin, Composition résolvant le problème de la proximité d'une source électrique sur le site, 2001. Interventions sur photographies.

Michel de Broin, Composition pour un conteneur aménagé comme une piscine avec système de filtration, 2001. Interventions sur photographies.

L'œuvre consiste en une série de photographies du canal de Lachine prises cet hiver et présentant le site enneigé. Sur chacune des photos, l'artiste est intervenu en proposant diverses "utopies ", que ce soit celle de faire flotter sur l'eau un rectangle bleu - à la Yves Klein -, de ficher des tubes néon dans le canal ou de se connecter aux poteaux environnants pour y apporter de l'électricité. Le projet, pour le canal de Lachine, consiste à réaliser un monochrome bleu, isolé par les parois d'un conteneur à déchets utilisé ici comme cadre pour la présentation du tableau, le bleu étant une incitation à la baignade.

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Michelle Héon, ...le désir du bleu..., 2001. Projection sur un écran de calcite.

Il s'agit d'une projection en boucle d'une vidéo ( boucle de 2 hrs d'une séquence de 20mn) tournée lors des grandes marées projetée sur une étendue sablonneuse recouverte de calcite à l'endroit de réception de l'image.

S'imaginer autrement. Le canal de Lachine se rêve mer et océan; il rêve d'ailleurs, vagues et courants marins peuplent son imaginaire.

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Marie-Chrystine Landry, Montréal-les-bains, une veine de plaisir, 2001. Bois, résine de polyester, plâtre.

Dérivation utopique sur un canal urbain. Ayant pour objet le canal de Lachine et libérée de toute contrainte, l'œuvre se présente sous forme de maquette. C'est en fait une proposition d'aménagement et de paysagement de la voie d'eau et de ses berges, représentés sur un tronçon de deux kilomètres. L'artiste a imaginé une veine d'eau pure et limpide qui deviendrait un immense bain public traversant le tissu urbain, dont la seule fonction serait de permettre aux citadins de jouir du plaisir de l'eau. Sur ce fragment, on retrouve une plage, un quai de pêcheurs, une marina pour embarcations légères, un pont couvert agrémenté de gargotes ainsi qu'un terrassement à multiples fonctions. Le projet, dans son ensemble, serait de reproduire cinq ou six fois ces aménagements sur les onze kilomètres du canal en apportant des variations de styles et de proportions. Faire d'une veine d'eau propre, accessible et permissive un grand bain synthétique et rassembleur, une veine de vie dans la ville. Cette eau, qui est venue aux Montréalais avec une fonction de labeur économique, les engagerait désormais dans le plaisir de la " vacance ".

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Francine Larivée, Après le passage des trains / geste urbain de paysage; soins et semences, 2001. Matériaux divers.

Un geste qui soigne, un geste qui contribue à guérir les traces enfouies d'une histoire industrielle. Un geste qui ramène, renoue avec l'agriculture et la culture des sols par le traitement de ses composantes. Un geste qui recycle le matériel TERRE, lui redonne sa fertilité pour demain et la suite. Un lieu qui accueille tout ce qui grouille d'oiseaux, papillons, insectes. Un écosystème observable prenant le promeneur à témoin de cette aventure douce, l'invitant à parcourir, à enjamber, à mesurer.

Comme un grand dessin, avec des lignes qui s'entrecroisent par bandes et parcelles de végétaux, l'intervention rappelle les traces enfouies, effacées des rails d'une cour de triage qui n'existe plus que sur les plans papier. Comme des paratonnerres, cinq aiguilles d'acupuncture - un clin d'œil au geste de médecine -, ponctuent le site piquant le sol à l'emplacement de cinq des trente-sept sondages de reconnaissance géologique et de vérification de contamination faits par le laboratoire de la Ville, en 1991.

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John McEwen, La Bibliothèque, 2001. Œuvre sur papier. 73,6 x 81,2 cm.

The water knows everything /

the canoe avoids the rapids /

the library holds the knowledge

La Bibliothèque - un " projet utopique " pour le canal de Lachine - juxtapose le concept architectural d'Étienne Louis Boullée pour la Bibliothèque Royale et le canal de Lachine qui est en voie de restauration. Le concept visionnaire de Boullée consiste en une immense voûte en demi-cercle, ouverte aux extrémités et dont les côtés sont tapissés de livres. Traversant le canal, l'amplitude de la voûte de la nouvelle bibliothèque est déterminée par la largeur des berges du canal. Avec ces empilements sans fin de livres, la berge devient une paroi " incertaine ", une membrane à la fois caressée par l'eau et baignée d'éternité.

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Michel Saulnier, L'atelier jouet, 2001. Jeu de blocs, maquette, gravure sur bois. 50 x 66 cm. Papier BFK Rives. Numérotée de 1 à 40. Impression : Jeanne de Chantal Côté, Engramme, Québec.

"L'atelier jouet est ma première expérience de gravure sur bois. Le projet consistait à produire une édition de quarante estampes sur le thème de l'utopie. Le sujet est une suite de bâtiments : annexe, atelier et chapelle, en perspective. J'ai combiné dans cette représentation formes-couleurs et projection dans l'avenir; il s'agit d'un ajout d'un bâtiment à mon atelier de Saint-Jean-Port-Joli. J'ai conçu la matrice d'impression comme un jeu de construction fait de blocs de bois.

Je crois que les enfants se composent des espaces imaginaires et apprivoisent ces espaces grâce aux jeux d'assemblage. Ma contribution au thème de l'utopie est à chercher aussi du côté de l'idée même de la fabrication de l'imaginaire dans la forme des jeux d'enfants. À la différence de ces jeux de l'enfance qui se font et se défont, mon image reste. Couleur après couleur, l'estampe est passée tant de fois sous la presse qu'elle s'est gravée dans mon esprit. J'aimerais beaucoup réaliser ce projet d'agrandissement d'atelier. C'est à la fin de l'édition que j'ai eu l'idée de transformer la matrice d'impression en boîte-jouet pour l'exposition à la Maison de la culture Marie-Uguay. L'atelier jouet est la première phase de ma participation à l'événement Artefact 2001 qui se déroulera cet été au canal de Lachine. Pour la deuxième phase, l'atelier jouet se transformera en atelier-sculpture, où la fabrication de petites sculptures prendra des allures de jeu.

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Crédit page web | © Artefact 2001