En réfléchissant au rôle que devrait avoir une telle manifestation publique, nous nous sommes laissés aller à notre penchant pour les œuvres contemporaines qui sortent des «tours d’ivoire» que sont parfois les musées ou les galeries, pour toutes ces expositions dites «hors-les-murs». Ce type d’œuvres buissonnières a bien peu de traits communs, malgré les apparences, avec les œuvres dites de «commande publique». En fait, les précédents seraient plutôt à chercher du côté de certains projets éphémères, souvent discrets, mais qui sont restés dans la mémoire de ceux qui les ont visités.

On peut penser d’abord aux remarquables interventions du duo Lyne Lapointe et Martha Fleming, qui se sont échelonnées entre 1982 et 1995, à Montréal et ailleurs dans le monde, dans des espaces aussi chargés émotivement et historiquement qu’une ancienne caserne de pompiers, un ancien bureau de poste ou un ancien théâtre, entre autres. On pense aussi à l’exposition Fictions, en 1989, où le conservateur français Jérôme Sans avait proposé à vingt-cinq artistes prestigieux d’occuper pendant trois mois les espaces publics de l’Aéroport international de Mirabel, de se fondre dans cet espace en jouant avec ses infrastructures. Il y eut aussi quelques réussites du côté de Québec (Paysages verticaux, Chambres d’hôtel...) et, pour ce qui concerne l’étranger, faut-il rappeler que l’événement Chambres d’amis, organisé en 1986 par Jan Hoet dans une cinquantaine de maisons et d’appartements privés de la ville de Gand, demeure une des expositions phares du XXe siècle, tandis que, de l’avis de la très grande majorité des visiteurs (dont j'étais), les morceaux les plus stimulants du gigantesque Skulptur Projekte in Münster, en 1987, restent les œuvres éphémères et in situ.

Gilles Daigneault