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Artefact
2004
Elle s’appelle « la montagne » plutôt que le Mont-Royal.
Nous sommes nombreux à l’aimer simple, peu couronnée,
mal domptée. Notre fréquentation de ses versants évoque
des images dépareillées.
J’y ai vu pour la première fois un policier à cheval.
J’y ai conversé, dans une brume d’octobre 70, avec des
post-adolescents de l’Armée canadienne.
J’ai fait semblant d’y étudier auprès de mon amoureux
alors clandestin.
J’y ai observé des familles du dimanche, des canards trop nourris,
des voyeurs qui se croyaient non vus.
J’y ai croisé du beau monde au parvis du chalet.
J’y ai trouvé la chute de mon premier texte romanesque.
J’y ai éprouvé des spleens à l’aube et
au couchant du promontoire.
Mais
J’ai raté la grande fête de la Saint-Jean, la seule vraie
paraît-il
Et surtout
Je me souviens à peine du symposium de sculpture de 1964, que j’ai
pourtant parcouru.
J’avais peut-être les yeux ailleurs.
La montagne me rend aujourd’hui ce plaisir alors effleuré,
elle m’y retient par l’honneur, cette fois, j’y serai
pleinement.
Et ses artistes, enfin revenus l’habiter, la dépeigner, la
réveiller, je les salue en leur été de 2004, et les
remercie.
Grâce à eux, à Artefact, la montagne continuera à
vivre en images dépareillées.
La présidente d’honneur,
Lise Bissonnette |